Études de santé : une sélection à l’entrée de l’université ?
Le numerus clausus a été instauré dans les années 1970 pour réguler le nombre de médecins formés, selon le souhait des pouvoirs publics mais aussi des médecins. Ce numerus clausus qui définit le nombre d’étudiants admis dans les études en santé est un processus sélectif basé sur un concours intervenant après une première année d’études universitaires en santé.
Ce concours a suscité de nombreuses critiques concernant notamment les conséquences de l’échec après deux tentatives et les difficultés pour les étudiants de se réorienter. On a même parlé de « gâchis humain ».
En 2020 est intervenue une nouvelle réforme de l’accès aux études de santé. Le numerus clausus a été supprimé et remplacé par un numerus apertus, ce dernier étant déterminé conjointement, d’une part, par les deux ministères (Enseignement Supérieur et de la Recherche et Santé) et, d’autre part, par les Agences Régionales de Santé (ARS) pour prendre en compte les besoins des territoires. Parallèlement, la formation a été sensiblement modifiée avec la création de deux voies d’accès : le « PASS » = Parcours d’Accès Spécifique Santé (avec une majorité d’enseignements en santé) et les « LAS » = Licence Accès Santé (un enseignement santé minoritaire ou équivalent à un enseignement disciplinaire).
Cette réforme avait deux objectifs prioritaires :
augmenter au travers du numerus apertus les effectifs des professionnels de santé et singulièrement des médecins,
diversifier le profil des étudiants jusque-là représentés par des bacs scientifiques avec mention bien ou très bien.
Cette réforme visait aussi à décloisonner les études de santé en intégrant dans le programme des matières disciplinaires hors santé, minoritaires dans le cursus PASS et plus importantes dans le cursus LAS, pour faciliter la poursuite du parcours universitaire des étudiants n’ayant pas intégré les filières de santé.
La majorité des universités, notamment celles à très gros effectifs, ont choisi de proposer les deux voies d’entrée PASS et LAS, et seulement 9 universités ont mis en place un modèle tout LAS.
Le rapport d’évaluation de cette réforme par la Cour des Comptes paru en décembre 2024 conclut d’une part à une trop grande complexité du dispositif, liée à l’illisibilité de la double voie d’accès pour les lycéens et leurs familles et d’autre part au fait que les objectifs affichés ne sont pas atteints.
On s’apprête donc à réformer la réforme de 2020. Cette réforme de la réforme revoit la possibilité de double parcours PASS ou LAS au sein d’une même université et privilégie une voie d’accès unique identique dans toutes les universités. Le modèle proposé s’apparente au modèle LAS avec un équilibre entre les enseignements de santé et les enseignements hors santé.
Les contraintes budgétaires actuelles rendent la mise en œuvre de cette réforme très difficile particulièrement pour les universités à gros effectifs qui vont être confrontées à une arrivée massive d’étudiants dans les filières autres que santé.
En fait, avant de mettre en place une nouvelle réforme, très coûteuse, ne doit-on pas repenser le modèle d’accès aux études de santé ?
Quel intérêt de demander à nos étudiants qui souhaitent entrer dans les études de santé de suivre parallèlement des enseignements éloignés de la santé ? Pourquoi imposer à des futurs professionnels de santé un volume important d’enseignements de L1, droit, STAPS ou autres disciplines ?Demande-t-on aux étudiants des classes préparatoires aux grandes écoles d’ingénieurs de suivre en première année des volumes importants d’enseignements de sciences humaines, pour le cas où ils ne seraient pas admis dans une école d’ingénieurs ? Demande-t-on aux étudiants de première année de droit, dont 60 % ne seront pas admis à passer en L2, de suivre une autre filière en parallèle ? Se pose alors la question de ce modèle français. La sélection intervient en fin de première année, qui est, en l’état, une année qui apporte peu pédagogiquement à la poursuite des études en santé. Ne conviendrait-il pas, au lieu de faire une réforme de la réforme, de s’interroger sur l’intérêt de maintenir cette sélection en fin de première année ? En fait, pourquoi conserver une première année de santé qui est une année de sélection ?
Pourquoi ne pas regarder ce qui se fait dans d’autres pays européens qui ont une durée d’études équivalente à la France, où l’entrée dans les études de santé s’appuie sur les résultats au bac avec souvent des épreuves de sélection (Allemagne, Espagne, Italie, Belgique) parfois laissées à l’initiative des universités (Allemagne, Espagne) ?
Avant de se lancer dans une réforme de la réforme, qui sera nécessairement très coûteuse, il est temps de réellement simplifier les modalités d’accès aux études de santé.
C’est vers une sélection avant l’entrée à l’université qu’il faut se diriger, en laissant l’initiative de cette sélection aux universités qui tiendront compte des besoins en professionnels de santé des territoires.
Ce mode de sélection évitera notamment le stress qui accompagne actuellement la première année de santé. Il permettra à cette première année d’être une véritable année de formation médicale. Il permettra de redonner du temps de formation aujourd’hui raccourci par les nouvelles épreuves pour accéder à l’internat (les EDN et les ECOS), qui se déroulent au cours de la sixième année.
Le moment est venu de simplifier le modèle d’accès aux études de santé et de le rendre enfin lisible.