« Science-for-policy » : la place de la science au service des politiques publiques et le rôle des universités

Dans un monde aux défis globaux complexes, la science ne peut plus se contenter d’éclairer les débats : elle doit s’intégrer au cœur des processus décisionnels. Mais comment structurer cette interface entre chercheurs et décideurs pour en faire un levier de démocratie ? Dans cet article, l’auteure Marie Campain définit et explore un écosystème d’interactions complexes appelé « science-for-policy » où les universités jouent un rôle clé.

Le terme anglo-saxon « science for policy » recouvre deux réalités distinctes :
la « policy-for-science » (politique de soutien à la recherche) et la
« science-for-policy ». Cette dernière désigne la mobilisation des savoirs et expertises scientifiques au service des politiques publiques. Il ne s’agit pas d’une instrumentalisation de la recherche, mais d’un processus visant à éclairer la décision par des preuves robustes (communication scientifique, conseil d'experts, utilisation de preuves). La science ne « fait » pas la décision : elle informe des choix qui restent façonnés par des valeurs, des enjeux financiers ou des considérations diplomatiques.

Définit comme une interface reliant producteurs de connaissances (universités), utilisateurs (gouvernements) et médiateurs (think-tanks, académies, instituts…), un
« écosystème science-for-policy » regroupe des cultures et méthodes distinctes.
Les médiateurs agissent pour assurer la traduction entre les entités scientifiques et politiques.

Mais pour les universités, il ne s’agit pas seulement de produire de la connaissance mais aussi de former et de professionnaliser ces médiateurs capables de traduire les résultats scientifiques en options politiques. Pourtant, les compétences nécessaires et spécifiques sont encore trop peu enseignées dans les parcours académiques classiques. Parmi les exemples européens, le Royaume-Uni et les Pays-Bas ont d’ores et déjà proposé des dispositifs variés : « fellowships » pour l’immersion des décideurs dans le monde académique, guides et séminaires pour aider les chercheurs à présenter leurs travaux de manière politiquement applicable ou espaces de collaboration et de rencontres à l’échelle locale, nationale et internationale.  

Ainsi, l’université est au cœur de la construction de ce vivier de talents. Garantir la structuration de cette interface en France, et à l’internationale, c’est garantir la participation des sciences à la décision politique.   

Auteure

Marie Campain est analyste indépendante, spécialiste des politiques publiques en matière de recherche et de science, avec plus de quinze années d’expérience à l’interface entre science au service des politiques publiques (Science-for-policy), diplomatie scientifique, coopération scientifique internationale et mise en œuvre de politiques et programmes stratégiques - en France, au sein de l’UE et au Royaume-Uni. Plus d’infos et contacts ici.

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